Les Year 9

Publié le par Méli

Vous aurez sans doute noté que, dans mes perles, les plus récurrantes viennent des year 9, soit ceux en classe de quatrième. Je suis dans une highschool choupi, donc je ne me plaindrai pas, car je sais que j'ai les élèves les moins chiants de la création. Mais je pense que ceux-là sont des tels cas qu'un article leur étant consacré ne serait pas de trop. Ainsi donc, dans le chapitre de mes Élucubrations, nous allons parler de ces petits élèves...

Mais avant toute chose, un peu de civilisation britannique et d'étude du système scolaire de Grande-Bretagne.

 

L'école est obligatoire à cinq ans (Grande Section – Year 1), jusqu'à 16 ans (Seconde – Year 11). La Highschoolcommence à 11 ans (Sixième - Year 7), et, pendant les trois premières années en Highschool, les élèves n'auront pas de choix dans leurs matières. Ils feront obligatoirement de l'anglais, des maths, des langues vivantes, des sciences, etc... Le seul choix qui leur est laissé est de savoir quelles langues vivantes ils vont étudier.

Tout change à la fin de la year 9. C'est la dernière classe sans examen, et à partir de l'année suivante, ils auront toujours sept matières obligatoires et trois au choix. Et les langues vivantes ne font pas partie des matières obligatoires. Ainsi donc, peu intéressés et persuadés que l'anglais qu'ils parlent les mènera au bout du monde, la majorité des petits laissent tomber.

Ce qui nous amène à la conclusion suivante : les classes les plus difficiles à gérer en langues sont, dans chaque école et immanquablement, les year 9 et les year 11. Les year 11 parce que l'année suivante, ils en auront probablement fini avec l'école, et les year 9 parce qu'ils savent qu'ils pourront ne plus suivre ce cours dès l'année suivante.

L'équation finale est donc simple : absence totale de motivation et de bonne volonté, refus de travailler, classes dissipées, « can't dooo iiiiit » à répétitions, accompagnés de « I don't knooooow ! » à ne plus savoir quoi en faire.

 

J'ajouterai à cela que mon école fonctionne par setde niveaux. En d'autres termes, dans chaque classe sont regroupés des élèves d'un même niveau. Ainsi donc, la classe 9b1 sera une classe de year 9, du premier set– donc les meilleurs – et le b ou le a, dans mon école, est juste pour signaler que la deuxième langue est espagnol ou, dans le cas des 9b1, de l'allemand.

Il y a donc... 8 classes de year 9. Les 9a1, 9b1 (set one), 9a2, 9b2 (set two), 9a3, 9b3, 9a4, 9b4 (je n'ai pas ces quatre dernières classes, ils ont été estimés trop inintéressés pour ça, je ne serais donc pas utile à leur apprentissage. Si si j'vous jure).

Venons-en maintenant au croustillant.

Ça fait maintenant deux semaines que je me bats gentiment avec les 9b2, soit une superbe classe de gentils élèves sensés être choupis. Un set two, on attend d'eux qu'ils soient assez bons, pas excellent, mais quand même. Et bien, que nenni. Pour reprendre une expression anglaise, je dirais plutôt qu'ils sont assez... thick.

 

Ils ont vu, il y a un peu plus de deux semaines, le temps du futur simple. Un peu confus avec le futur proche – aller+infinitif – la prof a fait la leçon, avec patience, et leur a bien tout expliqué. Ils ont tout noté dans leur cahier, mignons comme ils sont, et maintenant, selon la demande de la prof toujours, je dois leur faire faire une activité de constructions de phrases qui leur ferait aussi utiliser le futur simple. En utilisant le vocabulaire vu dans une activité du livre en classe.

Bien.

On chope le vocabulaire, et, en assistante attentionnée, je passe un peu de mon temps à leur faire de belles étiquettes avec, sur les premières (oranges) des moments dans la vie – en ce moment, à 20 ans, à 30 ans... Rien de compliqué – sur les deuxièmes des verbes simples qu'ils connaissent à la forme infinitive, et sur les troisièmes (bleues) des activités, des endroits, qui peuvent se marier avec lesdits verbes – toujours du vocabulaire vu en classe.

Restons dans le simple : ils prennent une étiquette orange et une bleue, lisent, et doivent trouver le verbe qui convient pour que ça make sense. Enfin, ils doivent mettre les étiquettes dans le bon ordre et finir la phrase en conjuguant le verbe au bon temps et en ajoutant un sujet.

 

Pour faire simple, ils finissent avec quelque chose comme ça, et doivent se débrouiller pour faire une phrase correcte :

 

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Bien.

Ils arrivent par groupes de quatre dans le MFL office – eh ouais, à cette heure j'ai pas de salle disponible – face à mes petits bouts de papier répartis en tas. On répète trois fois les instructions, pour s'assurer qu'ils ont tout compris, on leur fait piocher les petits papiers, et on s'assure qu'ils comprennent ce qui est noté dessus.

C'est là que les choses s'enveniment. Parce que bon, non content de se marrer et d'en avoir rien à cirer de ce que raconte cette abrutie de française, ils n'ont pas de vocabulaire minimum, bien que, comme dit plus haut, j'ai veillé à rester à des choses qu'ils connaissent.

Papier numéro 1 : À vingt ans. Papier numéro 2 : l'homme de mes rêves.

« I doooon't understaaaaaaand !

- Well, what does 'homme' mean ?

- Err... Home? »

FAIL ! Try again. J'avais jamais pensé à ce faux-ami là avant.

Bon. On fait le tour de tout le monde, on les encourage à deviner ce qu'ils ne connaissent pas – croyez-moi, on n'est pas encore au plus drôle – et une fois que tout est bien mis en place, on les invite à prendre le verbe qui convient pour former la phrase.

Verbes possibles : être, avoir, faire, travailler, habiter, rencontrer, parler, aller. Des verbes simples qu'on leur rabâche depuis la year 7. Ouais, bah y'a des jours où je me demande où ils étaient ces deux dernières années. Parce que pour eux, travailler signifie to travel et on peut être couramment une langue. Un manque de logique total, ou une lacune énorme en vocabulaire. Et non, ils ne se moquaient pas de moi, je vous assure.

Quelques arrachages de cheveux plus tard, parce que c'est le dernier groupe de la matinée et qu'ils sont particulièrement pas attentifs, on se calme et tout le monde a son verbe. Bien.

 

À vingt ans / Parler / Couramment français.

À cinquante ans / Travailler / En Afrique.

En ce moment / Être / Au collège (celui-ci sera particulièrement savoureux).

 

Voici les papiers des petits jeunes. Maintenant, le but du jeu est de faire la phrase au bon temps. Commençons avec Cute Boycomme l'appelle la prof, alias Daniel, parce que c'est le plus silencieux. Et là, miracle. Il a compris ce que j'ai dit, a sorti un sujet (j'étais heureuse !) et a conjugué son verbe au bon temps. Après une dizaine d'élèves qui se sont entêtés à lire la phrase telle quelle sans rien changer et à me dire qu'ils n'ont jamais entendu parler du futur simple, ça fait plaisir, vous vous imaginez pas. A 20 ans, je parlerai couramment français. La prononciation n'est pas nickelle, mais franchement, c'est le moindre de mes soucis à ce stade.

Sauf qu'il y en a deux autres.

Monsieur Travailler = To Travelfait comme tout le monde depuis ce matin, et me dit que non, il ne sait pas comment on forme le futur. Ah quoique peut-être... On enlève le -er et on met une terminaison ?

FAIL, try again. J'explique, à nouveau, que non, pour former le futur, on garde le -er de la forme infinitive et on se contente d'ajouter la terminaison à la suite, pour les verbes réguliers. Il a fallut que je le répète quatre fois, tableau à l'appui pour lui montrer, pour que ça fasse chemin dans son esprit. Mais ça, j'ai l'habitude, ça fait deux semaines que c'est comme ça. Donc, une fois la formation du futur simple entrée dans le crâne – elle sera ressortie deux minutes plus tard – on le lâche pas et on s'entête à lui faire faire sa phrase.

FAIL, try again. Pas de sujet. Je lui dis gentiment, comme je l'avais expliqué au début, que là, il a un complément de temps, un de lieu, un verbe, mais pas de sujet. Et qu'il faut en ajouter un. Et là, on voit les lacunes en grammaire anglaise : sujet, complément d'objet, pffrrt, tout ça, ils connaissent pas. Méli est forte et ne perd pas patience et explique qu'il faut un « » pour mettre devant son verbe, comme en anglais, sinon ça va pas.

« Aaaaah, I need a « Je » ! »

YES \o/

Fiou. Après ces péripéties, j'ai enfin ma phrase et passe à Miss qui a, à priori, la phrase la plus simple.

 

À priori.

 

Elle voit bien que son « en ce moment » la conduit à utiliser un présent. Et là, la question qui tue.

« Err... être in the present tense... Je être? »

J'ai cru que j'allais me pendre. Vraiment.

« Come on ! How do you say I amin French ! » Ma question est suivie par un silence des plus total. Les élèves se regardent, et tentent, timidement un « J'ai? ».

Bouhouhouhouhou. Ils sont en quatrième quoi.

On reprend depuis le début. Et, enfin, au bout de cinq minutes à base de « souvenez vous, vous avez vu ça en year 7, revu en year 8... », Cute Boya une illumination : « JE SUIS ! »

YEEEEEEES \o/

 

(Quand on a ce genre d'élèves, la moindre bonne réponse, même de ce niveau, vous rend indubitablement heureux)

 

Contente, Miss peut faire sa phrase sans encombre maintenant, et me fait me rendre compte que le gros problème de ces élèves n'est pas le temps futur, mais... La compréhension de base. J'entends souvent mes collègues parler des 9b2, mais y'a des jours où je me demande quel niveau ont les set 3&4si ceux là sont des set 2.

Dixit une collègue qui a les set 4, je ne veux pas le savoir.

Et je vais me contenter de la croire.

 

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