Chroniques d'une prof en stage (3)

Publié le par Méli

Au moment où je vous écris, je suis en plein rapport de stage, et je ne surkiffe pas de devoir le faire. Mon stage s'étant finalement plus concentré sur de la pratique accompagnée (comment préparer un cours et finalement le donner), complèter un rapport de stage d'observation devient complexe. J'ai certes beaucoup observé, mais plus dans une optique purement pratique – je suis très terre à terre – que dans une optique d'analyse. Donc voyez-vous, j'ai du mal, dans l'immédiat. J'ai de quoi faire, mais je suis quand même assez stressée par cette idée de cinq pages à ne pas dépasser... J'ai beaucoup à dire quoi !

 

Vous en savez quelque chose ! Je vous en ai dit des choses, n'est-il point ? Mais je ne vous ai pas donné les moments les plus croustillants : Méli qui prend en charge deux classes, sur deux heures de cours (donc quatre au final) pour la première fois de sa vie.
Alors définitivement : j'avais jamais rien fait du même genre. J'ai été face à des groupes de trente avec un prof, comme assistante ; j'ai fait du soutien en cours de 10h avec trois élèves avec Acadomia ; j'ai fait face à des groupes de 3 et 5 (et ils étaient en classe entière) comme assistante avec les y12 et y13 ; j'ai donné des cours à domicile.
C'est incomparable. Et les quatre heures ne se ressemblaient pas.

 

J'imagine que vous attendez le récit croustillant, donc allons-y...

Les première S :

C'est une classe qu'on m'avait dit silencieuse, voire molle, pas exceptionnelle, mais pas catastrophique non plus. J'ai pu constaté que c'était en effet le cas, une classe moyenne, mais alors dans le genre deadly silent, même un mort ne ferait pas mieux. On entendrait les mouches voler.
Mais le pire, ce n'est pas seulement que les gamins ne participent pas ; non, ils ne causent pas, même entre eux. Rien. Que dalle. Nada. Je crois que même mes regrettés y10 étaient plus bavards...

Avec eux, j'ai eu beaucoup de mal à trouver sur quoi faire le cours. Les idées ne manquaient pas, mais en deux heures, on ne peut pas traiter non plus un sujet aussi vaste que l'Apartheid, par exemple...
Mais finalement, j'ai jeté mon dévolu sur les petits immigrants Mexicains. A la base, le but était de les amener, via une image et un texte, à réviser les comparatifs, l'expression de l'opinion, et de les faire réfléchir sur un sujet d'actualité.
Eh ben ça n'a pas été simple.

 

http://www.mondial-infos.fr/wp-content/uploads/2009/12/fesses.jpgVous vous souvenez bien sûr des 1ère S et de leurs idées conceptuelles sur les fesses?

 

Jour 1, heure 1 (8h-9h) :
On a commencé par une petite image d'un panneau de signalisation, sur le type « immigrants crossing ». Alors là,
no problem. J'ai eu de bonnes idées, des théories farfelues, jusqu'à arriver à l'idée de l'immigration, ça se passe bien. Les première ont besoin d'être motivés, secoués, solicités en permanence, mais ils ont un prof tout nouveau face à eux et font preuve de bonne volonté. Ils participent relativement bien. Je décroche même un howeverd'une élève en grosses difficultés, de bonnes constructions, pas mal.
On base la seconde partie de l'heure sur un texte, on le lit, on le résume, on en parle un peu. Encore une fois, ça tourne plutôt bien. On finit pas trop mal, à l'heure, en ayant eu le temps de prendre de l'avance sur les devoirs que je comptais leur donner pour le lendemain.

 

Jour 2, heure 2 (le lendemain, 8h-9h) :

Alors là, je les ai vu arriver... Ils avaient l'air bien moins réveillés que la veille. Jeune prof encore pleine d'illusions, je commence par un recap un peu mou, où peu de personnes arrivent à me dire ce qu'on a fait la veille. Bon. On reprend sur le petit point de grammaire qu'on avait laissé derrière nous l'heure précédente...
Oh, mon, dieu. Je m'étais dit qu'on allait profiter du texte, qui s'y prêtait bien, pour causer comparatif/superlatif. Une notion vue en cinquième, ou en quatrième. En tout cas, une notion vue depuis un looooong moment. J'avais donc prévu d'y passer une dizaine de minutes max, histoire de faire une piqûre de rappel.
Une demi-heure. On est resté une demi-heure dessus. Ils n'y étaient pas, ils n'avaient pas l'air de suivre. Trois fois je leur ai demandé si ça allait, s'ils comprenaient. Mais non. Une demi-heure plus tard, je n'étais pas sûre que tout le monde ait bien assimilé...

L'activité de vocab, à côté de ça, est allée toute seule.
Bon, les première me semblent repartis, je me dis que je vais pouvoir les lancer sur une petite réflexion personnelle... Bah c'était définitivement pas leur jour. J'ai commencé par leur parler de réfléchir sur l'immigration. Puis de comparer avec une situation familière. Puis je leur ai dit que c'était quelque chose qu'ils vivaient tous les jours. Dans leur pays.

Cinq bonnes minutes plus tard, je me suis décidée à interroger une des filles qui sont bonnes dans la matière, pour obtenir « Africans come to France to have a better life ». FIOU. Ce fut long et dur. On a laissé tomber la construction d'une petite argumentation et l'expression de l'opinion. Le prof titulaire ayant des mots à dire à sa classe, je lui ai laissé la main, en expliquant bien aux élèves que la séance du jour avait été très moyenne, surtout vis à vis de la précédente...

 

http://studentsschool.com/wp-content/uploads/2009/08/Tips-to-avoid-sleeping-in-class-for-students-school.jpgToi aussi, petit, tu iras en 1ère S...

 

Les secondes :

Aaaah, alors eux, ils sont différents. Très francs. Très vivants. Quelque part, ce sont encore des troisième, arrivés ici un peu par hasard.

Le fait étonnant avec eux, c'est que quelques filles fortes têtes avec leur prof ont bien daigné participer (et parfois beaucoup, Camille, qui avait une extinction de voix, a participé au moins quatre fois sur les deux heures) et je suis sortie au final avec la certitude d'un travail accompli : ils avaient compris.

J'avais été ambitieuse, pour eux ; le prof étant dans l'unité sur New York, je suis partie sur un travail autour du Melting-Pot. Clichés, nationalités, rumeur, le passif impersonnel... Il y avait un long travail autour, qui allait bien, et qui rentrait bien dans les deux heures. Le passif impersonnel est quelque chose de complexe, mais visiblement... Il est passé !

 

Jour 1, Heure 1 (9h-10h) :

Je sors à peine du cours 1 avec les première. J'entre dans la salle, et... J'attends. Beaucoup des gamins ont cours de français, juste avant, et ont tendance à arriver en retard. Je commence donc en retard.

Un vrai plaisir. Certes, ils bavardent, ils sont excités et il faut savoir les canaliser. Mais ils participent volontiers, et se lancent sans honte, quitte à faire des erreurs. Alors imaginez, quand je leur ai projeté une image de stéréotype d'un chinois, ils s'en sont donné à coeur joie. Pareil quand il a s'agit de trouver des clichés.

En une heure, deux images traitées, et quelques clichés. Mais des élèves de bonne humeur. Et un début de point sur le passif. On a un peu échangé sur le sujet, rappelé de quoi il s'agissait... Bien, la récréation sonne... On reprend après.

 

Jour 1, Heure 2 (11h-12h) :

Une heure plus tard, nous commençons plus ou moins à l'heure. On reprend notre recherche des clichés, vis à vis d'adjectifs (sur un conseil de mon tuteur, pour que ce soit plus simple). Et maintenant, il s'agit de faire la connaissance du passif impersonnel (le « on » français). Et bien, finalement, ça passe bien. On explique une fois, on fait des exemples pour que tout s'incruste en tête des gamins. Certains comprennent.

Et là, l'avantage de la classe, très franche, sort : « Madame, moi j'ai pas compris ! » C'est une surprise. En trois semaines, je n'avais pas encore entendu la voix de Marine (surprise pour mon tuteur aussi), à qui j'ai tout réexpliqué, et fait faire un exemple. Et je suis certaine, à l'heure d'aujourd'hui, qu'elle a compris.

Comme tous. Ils se sont amusés à reformuler des clichés via cette formulation, ont vite trouvé son équivalent français (le « on » donc), et m'ont permis de repartir sur New York. On a vu les nationalités, les quartiers où certaines se concentraient (Little Italy, China Town...) ; et enfin, ils ont pu formuler, en anglais s'il vous plait, ce qu'était un Melting-Pot.

Et hop, il est 12h. La sonnerie retentit dans trois minutes, je les laisse filer pour profiter de leur avance à la cantine.

 

L'expérience a été gé-niale. Je me suis sentie très à l'aise, face à eux, et d'après mon tuteur, je suis définitivement faite pour ce métier – j'ai les réflexes qu'il faut, déjà, de bonnes idées, c'est vraiment réconfortant.

Je n'ai aucune envie de retourner à la fac. Aucune de passer le concours. Qu'une hâte : y retourner au mois de mars, redonner des cours, recommencer. De jour en jour, je sais un peu plus que c'est le boulot qui est fait pour moi.

Et je ne lâcherai pas l'affaire.

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